Les textes d'Isabelle TOROS

-Entendre
-Les maux
-Rouge
-Dresseur de chiens
-Haiku
-Danser comme un pied
-Rencontre
-Autoportrait
-Les chaperons rouges
-Le préservatif
-Ecrire en silence
-Le jean
-Les riches reprennent confiance

ENTENDRE

Un monsieur a voulu jouer avec mes oreilles. L’intérieur de mes oreilles. Et moi, je n’ai rien entendu. J’ai écouté  par moment, mais j’ai pas entendu.
Des sonneries de portables, souvent, bon OK.
Bizarre aujourd’hui, y’en a beaucoup. En même temps il voyage souvent ce monsieur. Il est très occupé, il attend certainement des coups de fils importants. Son téléphone à Elle, sonne souvent aussi. Normal, elle est responsable de la salle où nous sommes. Et cette comédienne qui ne veut pas être filmée. Etonnant ça. L’Image. Difficile à gérer, l’image apparemment. Intéressant ça. Le son que j’ai préféré ? Et oui, dans ce brouhaha vivant, sympathique et reflétant notre monde, j’ai aimé un bruit. Une conversation, derrière moi. Des mots en espagnol. Là, j’ai même tourné la tête. Je voulais voir aussi. C’est comme ça que je voyage moi Monsieur, avec les langues étrangères ou étranges.
N’empêche que moi, mon portable, parfois, je voudrais bien qu’il sonne.

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LES MAUX

Je me suis prise au maux. Maux de tête, maux de ventre, maux de corps, maux de pensées.
Alors, courir, courir pour fuir. Un jogging, des tennis. S’évader dans son quartier, pour s’évader de son corps. Courir en bas de chez soi, tout de suite, c’est plus pratique.
Mes pieds sur le bitume, pam, pam, et la peur du regard des autres. Alors, je baisse la tête, et je regarde les trottoirs de la ville. Ce béton qui me parle et que j’aime de plus en plus au fur et à mesure que je l’avale. Le souffle qui manque un peu au début, alors le besoin de lever la tête et de regarder ce paysage qui me parle et me rassure. J’aime la ville, les gens et leurs regards, finalement. La rencontre des regards, ceux qui te disent « bon courage », ceux étonnés « à son âge ? », ceux complices « moi aussi, je souffre ». Et je commence à m’oublier. C’est bon. C’est bon de s’oublier dans ces rues. Ces rues sont mes amies. Même les gaz d’échappement me parlent et m’encouragent. J’ai chaud. Mais je suis bien. Mon quartier m’aide. Et je pense, je pense, et je me vide de mes pensées. Je me suis prise aux mots.

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DRESSEUR DE CHIENS

Hé ! M’sieur, j’le kiffe moi le boulot qu’tu dis. J’te jure M’sieur j’suis fait pour ça. C’est sûr. Ma grand-mère, elle avait un chien. Il s’app’lait Albert. D’la race des bâtards j’crois.
Ah ! Sa race ! C’est moi qui l’prom’nais et j‘allais tirer son canigou chez Franprix. Avec lui c’était à la vie à la mort. Mon pote Ludo il a un bulldog et mon pote Kevin il a un pitt-bull. Tu sais, ceux à qui faut mettre une muselière. C’est moi qui les ai dressés. Ils avaient peur de leurs chiens les nases ! Moi, j’y suis arrivé. Même que maintenant ils sourient leurs chiens. J’te jure M’sieur, avec moi ils sourient. Et quand les grands-mères elles arrivent dans la cité on fait la haie d’honneur, comme ils disent à la télé, avec les chiens qui s’tiennent comme des sphinx en haut des marches.
J’kiff’rais trop d’vivre avec les chiens. Ca chang’rait des hommes qui m’aboient d’ssus toute la journée. Prends moi M’sieur.

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DANSER COMME UN PIED

2 pas à gauche
Stop
2 pas à droite
Stop
1 pas en avant
Stop
1 pas en arrière
Stop
Oui mais et si moi ma gauche est à droite ?
Et, si l’arrière veut être un derrière ?
Bon, je recommence
Un, deux, trois, je tourne
Et vlan je tombe
Eh ho ! Attendez-moi
Mon cinq six est sur leur sept huit
Neuf, douze, mais non, y’a pas neuf douze
Et les bras, je les plie les bras ?
Et puis mon avant à moi c’est pas le même que leur arrière à eux
Mais où ils vont tous ?
Gauche, droite, devant, derrière
Trop de bras, trop de jambes
Pas assez de sourires
Eh ! Mes pieds
Eh oh mes pieds ! Vous allez où ?

RENCONTRE


Rencontre. Contre. Tout contre. Contre tout. Contre toi. Tout contre toi.

« Tu as vu le regard que tu as ? » C’est la première phrase qui lui est venue à l’esprit. Le regard. C’est le regard qui l’a piégée. L’échange dans le regard. Pas besoin de parler. Tout est dit. Tout est écrit d’avance. Ce qui peut suivre n’est que confirmation. L’histoire est là, vécue en quelques secondes, quelques petites minutes. Les yeux disent tout, dévoilent, déshabillent l’âme et le corps. L’évidence. Le regard va chercher au plus profond de l’autre, ce que l’autre justement, ne sait pas encore et qu’il  découvre sur lui-même. Et commence le jeu.
Un qui baisse les yeux, l’autre qui en profite pour le regarder plus longuement. Un qui fuit le regard, l’autre qui essaie de le rattraper. Le tango des yeux, « el brazo » des regards. N’arrête surtout pas de regarder. Ne regarde pas ailleurs. Elle est attirée, aimantée par ces deux perles noires. Deux petites billes qui sourient. Et toi, suis son regard. Donne-lui tout. Rends-lui ce frisson qu’il vient de faire naître en toi. Les yeux brillent,  des larmes commencent à couler tellement le regard est chaud, brûlant. Plus que quelques secondes. La magie, le miracle va s’arrêter. Profite de cet instant parce que rien ne sera plus pareil après. Ces regards façonnent les microsillons d’un 45 tours qui sera gravé là, aux coins des yeux.

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AUTOPORTRAIT

Que ce soit dit une bonne fois pour toutes ! Mon ventre est moche. C’est quelque chose que je traîne depuis des années, comme un poids mort qui me pèse. Un frein dans ma vie. Mon ventre est moche. Il est abîmé. Il me fait honte et m’empêche de vivre. Il me complexe. Je te hais mon ventre. Il est mou, plissé, et rempli de vergetures. Au milieu, verticalement, il y a une énorme cicatrice, mal recousue, et horizontalement, une autre plus petite.
Je voudrais me débarrasser de toi. Tu es moche, je te dis. Pas beau. Mais il n’y a rien à faire. Il faut vivre avec. Je ne t’ai jamais accepté.
Par moments, quand je suis gentille avec moi, ce ventre, je le regarde autrement. Il est le reflet de ma vie de mère. Et là, j’en suis fière. Et puis, on peut imaginer que tous ces petits chemins tracés  à même la peau, forment la carte routière d’une partie de vie. Comme un grand livres d’images, ou comme un album photos. Il suffit de les regarder et la boîte à souvenirs s’ouvre comme par magie. C’est agréable d’avoir sa mémoire sur le ventre.
A d’autres moments, les moments où je n’ai plus envie d’être une mère mais d’être une femme, je te déteste. Tu es laid et tu m’empêches de me laisser aller. Est-ce que tu te rends compte du travail qu’il faut faire pour t’accepter dans mon lit ? Est-ce que tu te rends compte de tout ce qu’il faut inventer pour pouvoir se sortir de certaines situations ? Y’a des fois, j’ai envie de te faire la peau, toi qui n’en a presque plus. Tu es tout ridé je te dis, balafré, ramolli. Voilà. Je t’ai dit ce que j’avais à te dire. Mais fais pas la tête va. Au fond, tout au fond de moi, finalement, je t’aime bien. Quand même.

Chaperon rouge

Il était une fois, une fois de plus, un Petit Chaperon Rouge qui allait rendre visite à sa grand-mère.
- « Dépêche-toi Petit Chaperon Rouge, tu vas finir par rater le RER »
- « Ouais, Ouais, j’arrive Papa, j’arrive ».

Malgré sa « bougonnerie » apparente Claude aimait bien aller voir sa Grand-Mère. Ce n’était pas ça qui l’ennuyait. Non, ce n’était pas ça. Au contraire, pouvoir s’échapper une après-midi, mettre sa nouvelle doudoune rouge (d’où son surnom) et savoir qu’un bon gâteau au yaourt l’attendait, rendait ce chemin en RER moins pénible. Non, vraiment, ce n’était pas ça qui l’ennuyait.

Après avoir sauté dans son jean, le Petit Chaperon Rouge se regarda dans la glace. Le résultat était satisfaisant. Ne restait plus qu’à parfaire la coiffure. Laquelle aujourd’hui ? Deux tresses, une seule natte ? Son père lui avait offert de jolies petites boucles d’oreilles rouges, elles aussi, celles que l’on peut coller et décoller à volonté. Deux petits strass qui brillaient comme ses yeux.

« Fais bien attention à toi  mon Petit Chaperon Rouge, et profites-en pour réviser tes maths pendant le trajet, je t’interrogerai à ton retour ». Le Petit Chaperon Rouge embrassa bien fort son Papa et courut jusqu’à la gare.
Ça non plus, les maths ça ne l’ennuyait pas.

Pendant le trajet, en regardant par la fenêtre du wagon, ses pensées allaient souvent vers cette maman qui était partie bien tôt, mais très vite le Petit Chaperon Rouge préférait se régaler à l’avance de l’après-midi qui l’attendait. C’était comme une sorte de cérémonie. Un rituel.

- « Bonjour Mamie Suzette na, na, na….....»
- « Oui, l’école ça va, na, na, na…………. »
- « Oui, Papa aussi, na, na, na…………….».

Arrivait alors le moment du gâteau, puis celui du DVD sur le canapé, avec bonbons en hiver et glaces en été. Oui, c’est vrai, tout ça plaisait bien au Petit Chaperon Rouge. Une grand-mère si gentille. Un Papa plutôt sympa dans l’ensemble. Ensuite arrivait le moment du départ et celui du billet glissé dans la poche de la doudoune rouge.

Sur le chemin du retour, le Petit Chaperon Rouge se demandait toujours combien de temps encore il faudrait jouer à « ça ». Ce « ça » l’ennuyait. C’était certain. Tout en réfléchissant le Petit Chaperon Rouge ouvrit la porte de sa maison, embrassa son père, lui confirma, comme d’habitude, que tout s’était bien passé et se rendit dans sa chambre.

Jambes pendantes au bord de son lit, le Petit Chaperon Rouge réfléchissait. Papa lui avait bien expliqué. Bien sûr, sa Grand-mère avait tellement été déçue d’avoir un garçon. Bien sûr il fallait faire plaisir à Grand-mère qui était si gentille. Bien sûr il fallait s’habiller, se coiffer, se préparer, c’était fatigant tout ça. Mais ce n’est pas ça qui ennuyait le Petit Chaperon Rouge. Non. Ce n’était pas ça. Ce qui l’ennuyait, c’est que, finalement…………….. Il commençait à bien s’aimer en fille.

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LE PRESERVATIF

 

Me voilà devant ma feuille. J’ai vu des objets. Mais pas d’émotion. Pas d’émotion spéciale. Pas d’émotion qui m’envahit. La pyramide transparente me fait penser à ma collection de boules de neige. D’ailleurs j’ai immédiatement eu le réflexe de la tourner. Mais pas de neige. Le visage sympa d’un vieillard me plait bien. Le regard du petit garçon me parle. Un regard d’adulte dans un corps d’enfant. L’ensemble de tous ces objets me fait penser aux voyages. L’Ailleurs. Mais je ne me sens pas transportée aujourd’hui. Non, aujourd’hui, je suis bien là. Présente. Contente d’être avec le groupe, avec des gens. Et je n’ai décidément pas envie d’ailleurs. Je me sens une âme de terrienne. Les deux pieds bien dans le sol. Même le bras décharné de cette jeune femme sur la photo du livre, je ne veux pas y penser. Aujourd’hui, vraiment, je ne pars pas dans ce genre de voyage. Je ne fais pas mes valises. Et comme le défilé de ces objets a fini par un cigare entouré d’une boîte, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai repensé à la première fois où j’ai acheté… des préservatifs. Pas évident à quarante ans. Un mari parti, une vie de femme à prendre en main, et, un matin, la décision. Aujourd’hui, j’en achète. Je suis grande, je suis une femme libérée. Moi aussi, je dois en avoir sur moi.
Samedi matin. Centre commercial. Caddie vide à la main. Carrefour. La pharmacie est là. Bon, j’irai après les courses. La pharmacie est toujours là. Je passe à nouveau devant mais je n’ose pas rentrer. Je me retrouve dehors, toujours avec mon caddie à la main plein cette fois. Non, c’est trop bête. J’y retourne. Bref, j’ai dû passer au moins quatre ou cinq fois devant la pharmacie avant de me décider à rentrer.
A l’intérieur, derrière le comptoir, un homme, une femme. Dites-moi que c’est la femme qui va me demander ce que je veux. Et non ! Bien sûr, c’est l’homme. D’un seul trait et d’un air faussement très décontracté en regardant autre chose, je prononce la phrase si dure à sortir : « je voudrais une boîte de préservatifs s’il vous plaît ». Cela faisait des jours que j’avais la mise en scène dans ma tête. J’ai anticipé cinquante mille questions qu’il pourrait me poser, sans avoir les réponses. J’ai plutôt pensé aux pirouettes verbales que je pourrais utiliser pour m’en sortir. Je me sentais bête à l’avance. Vraiment. Et bien sûr j’attendais la question qu’il allait me poser, parce que forcément, il allait en poser une. Alors, il a commencé à ouvrir la bouche et, sans que je lui laisse le temps d’aller plus loin, j’ai répondu à l’avance « comme pour vous Monsieur » et là, j’ai entendu : « non Madame. Par trois, par six, par douze ? ».

ECRIRE EN SILENCE

Voyager. Voyager par les mots, ou plutôt par les lettres. Partir avec elles et s’amuser. Dans quel ordre ? Dans quel sens ? Avoir peur, toujours cette peur du vide devant la feuille et puis démarrer, se laisser aller, au rythme du bruit du stylo sur la feuille. Et prendre enfin du plaisir. Parfois.


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Ecouter le silence serait apaisant. Tout ce bruit pour enfin écouter avec attention le silence. Le vrai. Celui qui réconforte, avec son bien être, sa chaleur et sa sagesse. Comme se sentir dans des bras réconfortants qui protègent. Qui protègent « pour de vrai » comme disent les enfants. Sentir son corps qui se détend petit à petit, sentir une chaleur bienfaisante l’envahir et en réponse, oser, arriver enfin à se laisser aller, sans retenue, pour donner et recevoir le meilleur. Toucher à pleines mains la sérénité, la palper, la caresser, s’en nourrir et s’en abreuver. Se sentir pleine et neuve pour continuer. Etre la sérénité.

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LE JEAN

Parfois, le matin, Lucie ne sait pas quoi mettre. Elle se lève, déjeune, se lave, part dans ses pensées et puis se retrouve devant l’armoire. Son armoire, cette petite armoire en bois, en pin brut. Elle ne l’a même pas vernie ni peinte. Elle attend. Elle ouvre les deux portes, regarde et souffle. Bon : « mon jean ou mon jean ? ». Et puis quel temps fait-il ? Elle ouvre la fenêtre, penche la tête, comme si le fait de pencher la tête allait lui donner plus d’indications et pouvait l’aider, ferme la fenêtre et se retourne vers cette armoire. Sur le côté gauche la penderie avec les grandes affaires, sur le côté droit les étagères avec les petites affaires pliées. Mais elle ne le sent pas. Voilà, elle ne sent pas quels vêtements sortir de cette armoire. Alors, comme l’heure tourne et qu’il faut bien se décider, elle essaie de faire un choix. « Mon jean ou mon jean ? ». Elle ne sait pas. Et ça l’énerve de ne pas savoir. Tous est là, devant ses yeux. Elle n’y arrive pas. Et l’heure continue de tourner. Bon ce sera « mon jean ».
Parfois, le matin, Lucie, à son travail, doit écrire. Elle attrape le dictionnaire, l’ouvre. Bon tous ces mots…. Lequel choisir ? « Mon jean ou mon jean ?»

LES RICHES REPRENNENT CONFIANCE

Il était là tous les jours. Assis par terre, devant la boutique. Le même manteau marron gris, le même bonnet bleu, s’enroulant du même duvet rouge bordeaux et les mêmes chaussures noires, étonnamment assises, elles aussi, à côté de lui, bien droites, comme deux statues de lion qui gardaient le domaine. Il était entouré de livres, des centaines de livres. Il dormait dessus. Pourquoi tous ces livres ? Mystère.

Il ne demandait rien. Il était seulement assis et attendait. Enfin, il semblait attendre. Mais que pouvait-il attendre ? Peut être qu’il n’attendait pas. Peut être qu’il n’attendait rien. Peut être qu’il se contentait de respirer. Parfois, son regard se portait au loin, vers l’infini. Il regardait sans voir, ou il voyait sans regarder. Peut être que regarder ainsi permet de voir plus loin que les autres.

Elle passait là tous les jours. Le soir, en rentrant du travail. Il se trouvait sur son chemin, entre la station de métro et son appartement. Elle déposait régulièrement une pièce ou un fruit si elle avait fait des courses. Elle aurait voulu lui faire un sourire, mais c’était trop difficile. Difficile de faire un sourire à des yeux si lointains. Et puis, un sourire pour quoi faire ?

Parfois elle rencontrait la gamine de sa voisine qui rentrait de l’école. Elle l’aimait bien et en profitait pour faire un petit bout de chemin avec elle. C’était l’occasion de parler un peu. Un soir, alors qu’elle essayait de lui expliquer ce qu’était la misère, la petite fille lui demanda : « et toi tu voudrais bien lui donner ta maison à ce monsieur ? ». Il faut bien l’avouer. Elle s’était sentie stupide et n’avait pas répondu.

Et puis, un autre soir, elle s’en souvenait bien parce que c’était un 24 décembre, il y eût cette femme. Cette femme qui en sortant de chez le coiffeur, toute pouponnée, pailletée, liftée et parfumée n’a pu s’empêcher de dire bien fort : « tenez mon brave, ce soir est un soir spécial, prenez donc ce billet ». Il a regardé cette femme, tout étonné et hagard, ne bougeant pas. Puis il a répondu, baissant la tête : « les riches reprennent confiance. Ils sont rassurés. Tout le monde est bien à sa place ».

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2008 LIREINE Jean marc CAMBUZAT
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